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L`ODORAT







L`interrogatoire sur l`odorat est impératif chez tous les patients qui ont des problèmes de nez ou de sinus.

Et parfois le trouble de l`odorat est au premier rang des plaintes chez le patient ou même représente le seul symptôme. Et il ne doit pas être négligé car il peut représenter une vraie frustration, une vraie sensation de perte de qualité de vie.

Il faut d`abord définir certains éléments de vocabulaire :

- l`anosmie est la perte totale de l`odorat
- l`hyposmie est la diminution des sensations olfactives
- la cacosmie est la perception d`une impression olfactive désagréable ( parfois objective lorsqu`il y a par exemple une infection du nez ou des sinus, parfois seulement subjective,
c`est à dire une distorsion de la sensation normale, ou parosmie ).
- enfin lorsqu`il y a sans cause réelle perception olfactive précise, on parle d`une hallucination olfactive.


Chaque fois qu`il y aura des troubles de l`olfaction, il faudra donc savoir:
depuis combien de temps ils existent
et s`il se sont développés progressivement ou brutalement.

Et rechercher tous les autres signes d`atteinte nasale ou sinusienne : éternuements, prurit, obstruction, écoulement nasal en avant , ou dans l`arrière gorge, douleurs nasales ou sinusiennes. Et leur mode d`évolution parallèle ou non aux troubles de l`odorat.

Le sens de l`odorat est chez l`homme en régression par rapport à ce qu`il était plus tôt dans l`évolution des espèces. Certains animaux à l`odorat très développé comme le chien sont dits macrosmatiques. Par opposition, l`homme
est un animal microsmatique.
Et si les sinus chez l`homme ont une anatomie si complexe, c`est par ce qu`ils sont les vestiges des cornets olfactifs développés chez nos ancêtres macrosmatiques.

La zone spécialisée dans le recueil de l`information olfactive mesure de 1 à 3 cm2 et se trouve au sommet des deux fosses nasales .

à ce niveau les cellules nerveuses sensibles (neurones olfactifs primaires ou cellules de Schultze) ont deux pôles :

-chaque cellule porte un cil immobile au contact duquel se fixeront les molécules odorantes

-et elle émet un filet nerveux ascendant à travers la lame osseuse (dite lame criblée) qui ferme en haut les fosses nasales.
Chaque individu possède environ 10 millions de ces neurones primaires.

Ensuite ces filets nerveux rencontrent à l`intérieur d`une structure appelée bulbe olfactif une deuxième série de
cellules nerveuses : les cellules mitrales.

De là les voies nerveuses vont avoir deux séries de connexions :
*système archaïque vers l`hypothalamus et le système limbique : liens avec l`affectivité, les comportements alimentaires et sexuels
*système conscient vers le cortex cérébral de la région orbito-frontale : la perception rationnelle et l`identification des odeurs.

Les particularités du système :

1)la capacité de régénération cellules réceptrices de Schultze tout au long de l`existence. La durée de vie moyenne d`une de ces cellules est estimée à 30 jours.

2) Leur fonction n`est pas seule en cause car elles ont besoin de l`harmonie du tissu environnant: cellules de soutien, stabilité des sécrétions des glandes voisines qui fournissent du mucus, contexte vasculaire et sensitif....
La perception sera optimisée par la qualité du débit aérien et la stabilité du mucus qui baigne les molécules odorantes

3)les pôles récepteurs de ces cellules portent des protéines réceptrices des informations chimiques. Notre génome code pour plusieurs centaines de protéines spécifiques.
Le code génomique de l`olfaction commence à être connu. Mais la complexité de la réalité va sans doute très loin et il existe une combinaison d`interactions considérable : plusieurs ensembles de neurones se regroupant lors d`une stimulation pour fournir une identification olfactive.
Certaines molécules ont un seuil de reconnaissance incroyablement bas , ce qui suppose l`existence d`auto amplificateurs dans la zone olfactive sensible.

4) il existe un contraste entre d`une part la taille réduite du récepteur sensoriel périphérique et d`autre part la complexité des connexions et la taille des centres nerveux olfactifs.

Beaucoup d`éléments sont aurjourd`hui analysés et identifiés sur la spécificité sensorielle des cellules réceptrices, les phénomènes micro-chimiques, microphysiques, génétiques intriqués.
Risquons un parallèle avec un orchestre symphonique: même si nous commençons à déchiffrer une bonne partie des partitions des exécutants, nous sommes encore loin de saisir ce qui fait l`harmonie et la coordination de l`ensemble.


En pratique il faudra chaque fois se demander devant un trouble de l`olfaction s`il s`agit d`une anomalie de transmission ou de réception :

Anosmies de transmission : perturbation "périphérique" de l`acquisition sensorielle par la muqueuse

*polypose nasale obstructive (anosmie régressive sous corticoïdes au début)

*atteinte inflammatoire nasale dans le N.A.R.E.S (sensible aux corticoÎdes locaux),rhinite non allergique à éosinophiles

*rhinite banale passagère

*ozène, tumeur nasale ou corps étranger peuvent donner anosmie et/ou cacosmie


Anosmies de réception :perturbation du tissu noble d`identification sensorielle

*l`âge ou certaines anomalies dégénératives :maladies de Parkinson, d`Alzheimer, diabète...

*rares atteintes congénitales

*affections virales (virus à affinité neurologique) comme une simple grippe

*toxiques :tabac, abus de vasoconstricteurs en pulvérisations nasales, cocaïne, certains métaux ,certains médicaments antihypertenseurs (inhibiteurs de l`enzyme de conversion), certains antibiotiques (famille des aminosides).

*séquelles de traumatisme crânien par cisaillement des filets nerveux au niveau de la lame criblée

*lésion tumorale locale (méninges, hypophyse)

Avec quelle fréquence rencontre-t-on ces différentes causes dans les troubles de l`odorat et du goût ?
(résultats d`un" taste and smell center" américain)

26 % rhinite aigue
22 % pas de cause décelable
18 % traumatisme crânien
15 % rhinosinusite
4 % congénital
2 % chimique
0,8 % infection buccale
0,5 % autres infections
0,5 % psychiatrique
0,4 % grossesse
0,7 % neurochirurgie
0,5 % radiothérapie


En conclusion :

Ce sont des structures si fines et si délicates qu`elles sont irremplaçables

Dans une anosmie de réception, il ne faudra pas espérer beaucoup de récupération si rien n`est revenu dans les 4 à 6 mois après l`installation du trouble

Dans tous les cas d`anosmie on recherchera une cause accessible au traitement:
l`olfactométrie peut être utile pour évaluer le degré de la perte sensorielle et son étendue à plusieurs types de stimuli.

L`endoscopie nasale (fibroscopie) chez l`ORL sera systématique. En s`aidant au besoin de tests de dépistage allergique, de frottis endonasal (à la recherche des cellules du NARES), enfin d`un scanner.



D`après :

"Les troubles du goût et de l`odorat". Rapport 1999 de la Société Française D`ORL et de chirurgie cervicofaciale . Sous la direction des Professeurs P. Bonfils et P. Tran Ba Huy . 460 pages.

L`anosmie, attitude pratique. par M. Mondain et coll. Les Cahiers d`ORL .1994, n°6 , p199-201

Neuro-olfaction. par C. Meyrignac et G. Lelièvre. La lettre d`ORL et de chirurgie cervico-faciale.n°256. octobre 2000, p26-31

L`anosmie , d`un regard à l`autre.par N. Pirozas et C.
Feldman. Compétences médicales.n°28, octobre1997. p16-19.


Pierre VAZEL
ORL
Ancien Chef de Clinique à la Faculté

Article revu et corrigé en Mars 2009


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