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LA MENOPAUSE SES RISQUES ET SES REMEDES








Dr A. DELCROIX BOYAVAL, Gynécologue Capinghem (59)

La ménopause concerne 8 à 9 millions de femmes en France et représente actuellement un tiers de la vie des femmes: l`espérance moyenne de vie (environ 80 ans) allonge cette période et les risques s`y rattachant. Faut il en avoir peur et peut on y remédier ?

QU`EST CE QUE LA MENOPAUSE ?

La ménopause n`est pas une maladie mais un phénomène naturel qui survient chez chaque femme et se traduit par l`arrêt définitif des règles: c`est l`aménorrhée. Les ovaires cessent de sécréter les hormones féminines: œstrogènes et progestérone. Le manque d`hormones et le vieillissement normal de l`organisme vont conjuguer leurs effets et accentuer les risques liés à cette période de la vie.

A QUEL AGE SURVIENT ELLE ?

La ménopause survient entre 50 et 52 ans, après une période plus ou moins longue de dérèglement des cycles menstruels appelée pré ménopause. Habituellement, vers 40 45 ans, les cycles deviennent plus courts et les règles plus abondantes. La ménopause s`affirme a posteriori devant la constatation d`une absence de règles pendant 12 mois.
Elle s`accompagne d`un autre signe très évocateur: la bouffée de chaleur, appelée aussi bouffée vasomotrice. Celle ci se caractérise par une crise brève (2 à 3 minutes) s`accompagnant d`une sensation de chaleur intense. Elle débute à la face et au cou et s`étend ensuite au thorax. Elle s`accompagne de sueurs importantes obligeant parfois à se dévêtir ou se changer. Cependant, certaines femmes peuvent ne jamais en être victimes. La bouffée de chaleur découle d`un dérèglement du centre de régulation de la température centrale du corps au niveau du cerveau, sans que la cause de ce dérèglement soit parfaitement connue.

QUE FAUT IL CRAINDRE ?

Les risques liés à la ménopause sont secondaires à l`absence de sécrétion d`hormones féminines, les œstrogènes essentiellement. Tous les tissus, habituellement sensibles à ces hormones, vont subir des modifications qui vont s`ajouter à celles du vieillissement normal de l`organisme.

Les risques urinaires et gynécologiques

Les organes sexuels régressent très lentement: le vagin devient sec, ce qui peut rendre les rapports sexuels douloureux.

Les infections vaginales ont tendance à se répéter (pertes blanches avec démangeaisons). La vulve rétrécit, pâlit; les grandes et petites lèvres s`amincissent. Un prolapsus (descente des organes génitaux) peut survenir ou s`aggraver. L`incontinence urinaire (perte des urines aux efforts, en particulier de toux) est révélée ou aggravée par la ménopause.

Les troubles neuropsychiques

Ils ne sont pas spécifiques de la ménopause, mais sont influencés par l`environnement social, professionnel ou conjugal à cette période de la vie (chômage, divorce, départ des enfants du nid familial).

Les troubles observés peuvent être multiples et dépendre de l`état psychique antérieur à la ménopause: insomnie, nervosité, irritabilité, dépression, fatigue, troubles de la mémoire, perte de confiance en soi.

Ces manifestations ne sont guère favorables à un climat sexuel serein (baisse fréquente de la libido).

La prise de poids

Assez souvent, on voit survenir une prise de poids de 3 à 5 Kg éventuellement avant la ménopause (0,7 Kg/an entre 42 et 50 ans). Cette augmentation du poids est d`origine multiple: diminution de l`activité physique, modification de l`alimentation (préférence pour les aliments sucrés ou riches en calories, grignotages fréquents). Chaque femme pourrait éviter cette prise pondérale en pratiquant régulièrement un sport (marche, vélo, natation) et en équilibrant son alimentation.

Le vieillissement de la peau

Surtout au niveau du visage, la peau est sensible aux hormones mais aussi aux agressions extérieures (soleil, alcool, tabac). Au bout de plusieurs années (3 à 4 ans), la peau est moins hydratée, ce qui la rend plus fine et moins élastique, les rides s`accentuent. Cet effet s`ajoute au vieillissement naturel et aux conséquences néfastes du soleil. Les femmes doivent préserver leur capital peau avant la ménopause en évitant les expositions solaires prolongées et/ou non protégées par une crème solaire efficace.

Les risques osseux: I`ostéoporose

A partir et au delà de 60 ans, le risque majeur de la ménopause est l`ostéoporose. Celle ci se définit par la survenue de fractures spontanées ou secondaires à des traumatismes minimes, liées à une fragilité osseuse anormale, confirmée par un abaissement de la densité osseuse (décalcification de l`os). Elle se manifeste par des tassements de vertèbres responsables de douleurs au niveau du dos ou par des fractures du poignet. Dix ans plus tard, vers 70 75 ans, survient, comme chez l`homme, les signes d`un vieillissement naturel de l`os, c`est l`ostéoporose sénile qui touche des os déjà fragilisés par la ménopause. Aussi, les fractures du col du fémur sont plus fréquentes chez la femme que chez l`homme (leur nombre double tous les 5 ans après 60 ans contre seulement tous les 7 ans chez l`homme).

Environ 15 % des femmes de plus de 60 ans présentent une fracture du col du fémur avec un pourcentage élevé de mortalité (25 % dans la première année). Certains facteurs de risque de cette décalcification osseuse sont connus: une activité physique insuffisante, consommation de boissons alcoolisées ou le tabagisme et les apports insuffisants en calcium dans l`alimentation depuis la période d`adolescence jusqu`à la fin de la vie.

Les risques cardiaques

De nos jours, la principale cause de mortalité reste, dans les deux sexes, liée aux
accidents cardiovasculaires. Jusqu`à la ménopause, la femme est relativement protégée par ses œstrogènes. Ensuite, le risque cardiovasculaire augmente rapidement et devient deux fois plus important qu`avant 50 ans, c`est à dire aussi élevé que chez l`homme.

L`absence d`œstrogène modifie le taux des graisses du sang: le cholestérol total augmente, en particulier en faveur du mauvais cholestérol (LDL) et au détriment du bon cholestérol (HDL). Les triglycérides, autres graisses du sang, s`élèvent et souvent survient une hypertension artérielle. Le diabète devient plus fréquent, favorisé par l`obésité ou la sédentarité (arrêt de l`activité physique). Dès lors, le risque d`accident vasculaire cérébral ou le risque coronarien (angine de poitrine ou infarctus) sont multipliés par 2 à 3.

Tous ces risques sont majorés par le tabac qui provoque aussi une ménopause plus précoce (2 ans plus tôt que chez les non fumeuses).

PEUT ON TRAITER LA MENOPAUSE ?

Le traitement de la ménopause a pour but d`empêcher ou de diminuer les conséquences à court et à long terme de l`absence d`œstrogènes en apportant par les thérapeutiques les hormones manquantes: c`est le traitement hormonal de la ménopause. Il fait appel à un œstrogène, de composition identique ou voisine de celui sécrété par les ovaires, associé à un progestatif afin de restituer au mieux le climat hormonal de la femme avant sa ménopause.

L`efficacité de ce traitement est clairement établi, en particulier pour les risques osseux et cardiovasculaires qui sont majeurs pour la qualité de la vie.
Actuellement en France, seulement 8 à 10% des 9 millions de femmes ménopausées sont traitées. Par manque d`informations, une femme sur 10 réclame le traitement hormonal substitutif de la ménopause.

Mais pour être adapté et effectivement poursuivi, ce traitement doit faire l`objet d`une prescription personnalisée et d`une surveillance médicale régulière et attentive: à chaque femme son type de ménopause, à chaque femme son traitement hormonal.

Quels types de traitement ?

Les œstrogènes se présentent sous deux formes différentes:

- soit sous forme de comprimés, à absorber quotidiennement: c`est la voie orale.

- soit sous forme de gel à appliquer sur la peau tous les jours (produits types: ESTREVA, œSTROGEL, œSTRODOSE)
ou sous forme de patch (autocollant) à changer tous les 4 jours (produits types: ESTRADERM TTS, œSCLIM, SYSTEN 50): c`est la voie cutanée.

Les progestatifs sont tous administrés sous forme de comprimés. Bien adaptés à chaque cas et à dose correcte, ils n`entraînent pas d`effets indésirables (produits types:LUTERAN, COLPRONE, DUPHASTON, LUTENYL, SURGESTONE).


Comment traiter ?


Deux types de traitement peuvent être proposés:

Mais dans tous les cas un suivi régulier auprès de son gynécologue est indispensable ( examen des seins, du col, etc....)


- Le traitement "avec des règles" associe l`œstrogène du 1er au 25e jour du mois (le mois du calendrier étant la référence) et le progestatif du 13e au 25e jour du mois. A l`arrêt du traitement (J25), les règles surviennent. Celui ci est alors recommencé le 1er jour du mois suivant. Certains produits types (CLIMENE, DIVINA, PROVAMES) ont prévu ce mode de traitement (voie orale pour l`œstrogène et le progestatif présentés dans une boîte unique). Ils ont l`inconvénient de n`être pas adaptables et d`empêcher cette prescription personnalisée souhaitable.


- Le traitement "sans règle" (ou continu): l`œstrogène et le progestatif sont prescrits simultanément tous les jours. Il est souvent mieux apprécié des femmes qui ne vivent pas toujours bien le fait d`être encore réglées. Il entraîne parfois de petites hémorragies génitales ou spotting qui souvent disparaissent après quelques jours. Une adaptation personnalisée des doses est là aussi nécessaire.


Quand commencer et pour combien de temps ?


Idéalement, le traitement doit débuter dès que la ménopause est confirmée. Mais le traitement hormonal reste bénéfique, même s`il est entrepris tardivement, 10 à 15 ans après l`arrêt définitif des règles, tant au plan des signes cliniques qu`osseux. Il augmente la durée de vie et il s`y ajoute la dimension d`amélioration de la qualité de vie. Il n`existe donc théoriquement pas de limite d`âge pour débuter.


Les effets bénéfiques du traitement hormonal sont maintenus tant que dure le traitement. Une durée de 10 ans est nécessaire pour obtenir un bénéfice osseux significatif à 75 ans, lorsque surviendra le vieillissement normal de l`os, qui lui, est inévitable.


Actuellement, parmi les 10% des femmes traitées, la durée moyenne du suivi est encore relativement courte: de 1 à 2 ans. Pour accepter et suivre correctement un traitement hormonal sur une longue durée (10 ans), la femme doit être
bien informée, pouvoir choisir de se traiter ou non après avoir pris conscience des risques osseux et cardiovasculaires, des bénéfices du traitement sur toutes les conséquences de la ménopause, sur l`amélioration de la qualité de vie, des modalités du traitement, avec ou sans règles, le mode de prescription (voie orale ou cutanée), la nécessité d`un suivi régulier et d`un dialogue avec son médecin afin de pouvoir personnaliser à tout moment le traitement.


La qualité de la relation médecin-patiente est capitale pour assurer la poursuite du traitement.


CONCLUSION


L`état actuel des connaissances permet de conclure que le traitement hormonal de la ménopause est la seule thérapeutique capable de pallier les conséquences à court et à long terme à cette période de la vie. Il apparaît
globalement efficace sur la prévention des risques d`ostéoporose et cardiovasculaires.


Le médecin doit pouvoir proposer le traitement à toutes les femmes pouvant en bénéficier, à charge pour elles, pleinement informées, de décider si elles souhaitent être traitées et de quelle manière. La durée du traitement ainsi que la qualité de son suivi seront fonction du degré de motivation, lui même lié à la bonne compréhension des avantages de ce traitement et à son acceptabilité


Article relu le 16-05-2009






TAGS : Traitement, Ménopause, Femme, Risque, Règle, œstrogène, Hormonal, Période, Hormone, Vasculaire, sport, cardiaque, tonicité, libido, lubrifier


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